
Artificielle Intelligence
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Le concept d’IA (pour Intelligence Artificielle) peut sembler étranger pour les nouvelles générations, pour preuve, son évocation est bannie autant de la littérature citoyenne que des apprentissages scolaires. Il n’en reste pas moins que la simple évocation de l’IA, pour la génération de nos grands-parents, suscite crainte, colère et dégoût. Un épouvantail effrayant propre à hanter des contes pour enfants pas sages, une sorte de Croque-Mitaine, de Babayaga numérique. Cette perte de connaissance critique, si elle tend à effacer les raisons d’une telle inspiration de frayeur, jette un voile sur le sens à donner au concept de Source si centrale dans notre société. Le souvenir des erreurs passées doit éclairer celles qui guident notre présent surtout lorsque l’on comprend que La Source n’est rien d’autre qu’une IA.
De l’oubli pour mieux exister
Si vous faites partie de ceux pour qui la maxime « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement » ne s’accorde pas avec La Source, rassurez-vous, vous êtes une grande majorité. « Il y a 10 ans déjà, à la veille de la 1ère Guerre Mondiale Numérique, un rapport mondial sur la compréhension du monde connecté, commandité par l’ONG Black Cross pour le compte de l’ONU, soulignait que seuls 25% des sondés était en mesure de définir clairement ce qu’étaient La Source ou le Dost. S’il est difficile, voire impossible, de reproduire ce genre de sondage à présent, il est plus que probable que cette tendance se soit aggravée. » Commente Lemenski*, professeur d’histoire à distance et spécialiste de l’histoire de l’IA.
À quoi imputer ce mouvement vers l’ignorance ? « Il serait tentant mais trop simpliste de pointer du doigt ceux pour qui le crime profite actuellement. Des grands trusts comme EDEN à nos divers politiques, dont celles qui gouvernent notre monde d’après guerre, il y a l’embarras du choix. La réalité est, comme toujours, bien plus complexe et plurielle. Nous pouvons plus sûrement parler de mouvement générationnel, un désir global. »
Bannir du vocable le mot d’IA et vouloir lui substituer celui de Source peut se comprendre. Ce qui pose question c’est la perte de sens qui s’en est suivie et avec elle, un pan critique de connaissances indispensables. « Avec la fin de la philosophie Open Source, la privatisation des savoirs numériques et, de fait, les métiers du développement et de la recherche qui périclitent, l’ignorance des langages informatiques et des technologies numériques, s’est installée de gré ou de force. » analyse Lemenski, « On est passé très rapidement d’une génération ayant connu l’émergence du numérique, de ses codes et de leurs évolutions, habituée à questionner, disséquer, jouer avec ces langages ; à une nouvelle qui s’en est détourné, les fuyant comme la peste. C’est donc presque naturellement que la technologie s’est muée en un concept vague, cryptique, magique pourrait-on dire. »
Voire religieux pour d’autres. Le mot de Source renvoie, dans les religions monothéistes majeures, à un concept mélioratif maternel de vie, de confiance, de foi et d’optimisme. Nombre de mouvements modernisent leur sermons par ce lien entre religion et technologie apportant encore plus de confusion dans ce qu’est réellement la Source.
C’est pour Lemenski un retour à un « Moyen Âge de la connaissance technologique » où les consciences se sont détournées des concepts scientifiques et techniques pour embrasser l’idée d’une puissance supérieure en charge des objets connectés qui dirigent notre société et son fonctionnement. « Le pouvoir qu’apportait la connaissance des langages informatiques, des algorithmes n’existe plus et donc ne peut plus jouer son rôle de garde-fou. À cela s’est substitué une image quasi religieuse de la chose numérique. Tout a été fait pour que La Source ne soit plus liée à ce qu’elle est réellement : une IA ».
Perdre de vue les notions clés qui se cachent derrière des termes aussi forts que ceux liés à ce qui nous gouverne et régit notre société est bien entendu dangereux. La société imposée depuis la fin de la 1ère Guerre Mondiale Numérique en est un symbole criant. Se voir déposséder d’un pan aussi important de nos connaissances ou s’en rendre complice ne peut se conclure que par une seule chose : la disparition de la notion même de citoyen. Mais qu’est-ce qui a fait qu’une génération entière s’est détournée de connaissances pourtant cruciales dans un monde ultra connecté ?
Une histoire de l’IA
Un élément de réponse est à trouver au lendemain du traité de paix mettant fin aux agissements de « l’Axe du mal » d’alors, il y a 90 ans de cela. C’est alors un soulagement pour le peuple américain qui a vu son despote tomber après 15 années d’un régime chaotique et sanguinaire. Malgré le dernier râle d’agonie de son pouvoir avec l’envoi contre son propre peuple manifestant dans les rues, de sa milice sanguinaire, le dictateur fini par être destitué et jugé.
Une période honteuse pour un pays qui s’était toujours considéré comme étant du bon côté de la barrière géopolitique. En quelques années, le régime de ce despote (dont on ne doit plus prononcer le nom) a provoqué tellement de conflits que le monde faillit basculer dans une guerre mondiale aux conséquences catastrophiques. « Personne, que ce soit plusieurs années plus tard comme pour ses contemporains, ne parle de 3ème Guerre Mondiale comme pour ne pas invoquer les conséquences que l’on plaçait derrière cette définition. Mais il ne faut pas oublier que le spectre d’un désastre nucléaire mondial n’a jamais été aussi précis qu’à cet instant. » Détaille Lemenski pour qui, enquêter sur cette période de l’histoire est un véritable défi.
« 10 ans et une guerre civile américaine plus tard, Karl Douglas, 1er Président d’une nouvelle ère politique dans un pays apaisé, décréta qu’il était de bon ton de mettre un “voile de pudeur” sur cette période américaine afin de renforcer l’unité du peuple américain. Cette déclaration fut le commencement d’un travail d’amnésie global. »
En effet, ce fut le point de départ d’un mouvement mondial où l’on accepta de remettre en cause, modifier ou complètement effacer des pans de l’histoire moderne et avec elle la notion d’Intelligence Artificielle. Pour quelles raisons une telle purge intellectuelle impliqua cette technologie majeure ?
C’est qu’à l’époque, l’IA connaissait un âge d’or phénoménal. Considérée comme l’avenir autant technologique que politique, elle provoqua un raz-de-marée populaire et économique. Inclure l’IA dans n’importe quel produit représentait une sésame infaillible. Aussi aberrant que cela puisse paraitre, elle était ouverte à tous, puisque proposée à des prix dérisoires pour une utilisation presque illimité. De sorte qu’elle s’est imposée dans toutes les strates de la société. Les mondes du travail, de la création, du savoir ont été bouleversés par ces algorithmes sans qu’aucune restriction légale ne soit envisagée. Si certains ont pu croire à un mouvement vertueux, il a vite fallu se rendre à l’évidence que cette liberté totale conférait plus à l’anarchie débridée qu’à un mouvement raisonné.
« C’est que rapidement, la manipulation a prospéré, prenant le pas sur un contenu plus légitime car vérifié, attesté, prouvé. De telle sorte que tout était questionnable et qu’à la force d’un algorithme partisan, même les concepts les plus scientifiques, les plus factuels, étaient remis en cause. »
Une aubaine dans une période où le spectre de la peste brune, de la résurgence des idées nauséabondes et de la parole raciste décomplexée s’installait déjà. « Dès lors, l’IA a participé à l’émancipation de ces mouvances. La duperie, la manipulation, la transformation des faits, favorisée par nombre de trusts détenant les médiums les plus influents de l’époque sont devenues une norme d’autant plus violente qu’elle a inondé le paysage politique. »
Petit à petit, ce sont installés jusque dans les démocraties que l’on pensait prémunies par leur histoire moderne, des gouvernements fallacieux et dangereux. Jusqu’à l’émergence de conflits armés, de déploiements militaires justifiés par des faits transformés par l’IA, de massacres perpétrés sous couvert d’erreurs de calcul de cette même IA. La technologie miraculeuse montrait là son visage le plus sombre et ceux qui s’en saoulaient pour l’imposer comme pierre angulaire d’une nouvelle société, se réveillèrent avec une phénoménale gueule de bois.
« Imaginez, le monde entier a craint de se retrouver dans un cataclysme nucléaire, ce sombre fantasme risquait de vraiment devenir réalité. Le retour à la raison, ce qui l’a motivé – outre la peur légitime de disparaitre – n’est pas complètement compris par les historiens et reste encore soumise à nombreuses interprétations. Mais le coupable désigné de cette catastrophe fut l’IA et dès lors, ce terme s’est retrouvé au ban de la société, bannie du vocabulaire. Jusqu’à disparaître complètement. »
De l’oubli pour mieux régner
Afin que le monde panse ses plaies et sous l’influence du discours de Karl Douglas, l’IA ne s’est plus appelée IA, elle ne s’est plus appelée du tout d’ailleurs tout comme l’on a perdu la maîtrise de ce qu’elle devenait, qui la contrôlait, où elle se retrouvait. En réalité, elle n’a jamais disparu devenant la pierre angulaire de toutes les technologies depuis lors, la seule différence avec cette époque, c’est que seuls les états et quelques sociétés privées, détiennent le pouvoir de se servir de cette technologie.
« Et c’est ainsi que, comme par magie, l’IA disparut. Mais comme elle restait le composant majeur de la société d’après-guerre et surtout de tous les objets connectés faisant leur apparition, il fallut bien trouver un moyen d’en suggérer l’existence. Le terme de Source fit alors son apparition. »
Engageant par là-même le mouvement d’acceptation que nous avons décrit à travers notre chronique. La Source s’est imposée et à travers elle toute une société, un nouvel ordre mondial qui a montré tout son potentiel avec la fin de la 1ère Guerre Mondiale Numérique.
En 80 ans à peine, les ravages de l’IA furent oubliés. Diluer cette histoire, ne la fit que ressurgir plus sûrement avec comme avènement la création des nouveaux Citoyens et des perdants, les Non Citoyens.
« Le processus de contrôle total engagé par l’IA à son apogée ne fut stoppé que par les conflits engendrés à l’époque. Les faire cesser ne mit pas fins aux délires technofascistes de l’époque, bien au contraire. Cette époque en fut un parfait laboratoire à condition que règne la paix. Ce que nous avons connu ensuite, avec comme seule anicroche le soulèvement des Pirates et la 1ère Guerre Mondiale Numérique. Depuis, la politique de l’IA a gagné totalement. En dévoyant le concept de citoyen pour créer des peuples dépendants et contrôlés par cette technologie, qu’on la nomme Source ou autre, il n’en reste pas moins que la démocratie a perdu. »
Alors l’IA est-elle la principale fautive de la mise en place d’un nouvel ordre mondial, à coup de falsifications des faits historiques, de détournement de sens, de modification de la mémoire globale ? Etant donné que notre société, depuis plus d’un siècle, abandonne sa vie, ses données, son fonctionnement entre les mains d’un monde numérique tout puissant, cela ne fait aucun doute. Le piège s’est doucement refermé lorsque les décideurs ont accepté de baser leurs politiques sur des analyses générées par IA.
Mais ce que nous ne devons pas oublier, ce que les mouvements Pirates d’avant la 1ère Guerre Mondiale Numérique n’ont cessé de rappeler, de défendre, d’exprimer, c’est que les IA, les Sources ou quelles que soient leur nom, sont des technologies créées, administrées et pensées par des êtres humains…
S’en rappeler, c’est déjà imaginer la lutte sous un angle différent et moins fataliste…

* Par souci de sécurité le prénom est changé
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