Artificielle Intelligence
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Contrairement à La Source, le concept d’IA (pour Intelligence Artificielle) peut sembler étranger aux nouvelles générations. Pour preuve, son évocation est bannie autant de la littérature citoyenne que des apprentissages scolaires où le mot est automatiquement censuré. Nos aînés parlent d’elle avec angoisse, à tel point qu’elle fait l’objet de nombreux contes pour enfants pas sages, de Croque-Mitaine numérique. C’est un linceul de peur qui s’est posé sur cette IA, faisant disparaître son nom tout autant que les raisons de sa dangerosité. Une grave erreur, lorsque l’on comprend que La Source n’est rien d’autre qu’une Intelligence Artificielle.

La génération des œillères
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément », écrivait Boileau. Une maxime qui, hélas, ne s’accorde pas vraiment avec la conception de Source. Si les mots pour la décrire ne manquent pas, c’est aux dépens de toute signification précise. Noyée sous un amas de termes vides de sens, La Source et, avec elle, sa définition et ses implications, s’étiolent et disparaissent.
Le professeur d’histoire et spécialiste de l’évolution de l’IA, Lemenski*, que nous avons consulté pour cet article, l’atteste ainsi :
«Il y a 10 ans déjà, à la veille de la 1re Guerre Mondiale Numérique, un rapport mondial sur la compréhension du monde connecté, commandité par l’ONG Black Cross pour le compte de l’ONU, soulignait que seuls 15% des sondés étaient en mesure de définir clairement ce qu’étaient La Source, les Navis ou le Dost, bref, tout ce qui régissait et régit encore notre société. Une tendance qui s’est non seulement aggravée depuis la fin du conflit, mais qui a été encouragée.»
À quoi ou à qui imputer ce lent glissement vers l’ignorance concernant des notions si indispensables dans notre quotidien ? Lemenski précise :
«Il serait tentant mais trop simpliste de pointer du doigt ceux à qui profite le crime actuellement. Des grands trusts comme EDEN aux gouvernements techno-libéraux, il y a l’embarras du choix. La réalité est, comme toujours, bien plus complexe et plurielle. Je préfère parler de mouvement générationnel, d’un désir global de se mettre des œillères.»
Bannir du vocabulaire le mot d’IA et vouloir lui substituer celui de Source, cela peut se comprendre, nous le verrons plus tard ; ce qui pose question, c’est la perte de sens qui a accompagné ce changement et avec elle, un pan essentiel de connaissances technologiques pour le commun des mortels. Lemenski l’explique ainsi :
«L’âge d’or de l’IA s’est achevé par des lois d’endiguement afin que cette technologie ne soit plus qu’entre les mains de sociétés privées assermentées. Ce que l’on sait moins, c’est que ces lois étaient accompagnées d’une clause instaurant la privatisation des savoirs numériques. Pour l’expliquer simplement : développer une technologie ou des applications avec un code informatique non homologué était banni. Depuis, braver cet interdit peut avoir des conséquences pénales graves. Le seul code accepté est celui généré par des ayants droit assermentés et lorsque l’on parle de code, je précise qu’il s’agit simplement de prompts. Il n’y a aucune façon (légale, bien entendu) d’interférer avec ce code. Adieu la philosophie Open Source, les connaissances des anciens langages informatiques et donc, adieu toute forme de maîtrise, de critique et de test des langages actuels. Nous sommes passés d’une génération ayant connu l’émergence du numérique, habituée à questionner, disséquer, jouer avec ces langages à une nouvelle qui en a été privée par la contrainte. N’oublions pas que ces lois d’endiguement sanctionnaient une dérive de l’IA, de ses usages, dans un monde terrifié par ses possibilités infinies. La perte de connaissance des langages informatiques n’a pas été que subie, elle a aussi été acceptée. C’est donc presque naturellement que cette technologie s’est muée en une représentation vague, cryptique, magique, pourrait-on dire.»
Avec la perte de telles connaissances primordiales, c’est la notion même de citoyen qui est mise à mal. Quels recours exitent-t-il pour s’opposer ou simplement questionner les choix faits par La Source et les conglomérats privés qui participent à son évolution ? Comment peut-on demander des comptes, comprendre les tenants et aboutissants de cette technologie qui infuse notre quotidien ? De nos Navis à nos masques connectés, que sait-on de ces objets devenus essentiels ? Des questions d’autant plus cruciales que notre société d’après-guerre consacre comme Citoyen, uniquement ceux qui abandonnent leurs droits et leur vie privée à La Source.
«Ceux que l’on appelle Citoyens, depuis la fin de la guerre, sont ceux qui acceptent l’ignorance (de gré ou de force bien entendu) en contrepartie d’une paix sociale. Les Non-Citoyens, eux, résistent justement en refusant La Source et en développant leurs propres technologies. C’est là que survit la philosophie Open Source et avec elle, une forme de résistance.»
Sous les répressions contre les Non-Citoyens, couve un mouvement d’opposition capable de remettre en cause La Source. D’ici là, il est primordial de comprendre comment une génération entière s’est détournée des connaissances technologiques fondamentales dans un monde ultra connecté.
Une histoire de l’IA
Comprendre ce mouvement vers l’ignorance n’est pas aisé. Justement parce que, pour cela, il faut se projeter dans une période de notre histoire frappée d’anathème, à savoir l’âge d’or de l’Intelligence Artificielle. Désinformations, censures, surveillance des recherches liées à cette époque, tout est fait pour que l’on ne puisse pas analyser ces années charnières de notre histoire, malgré les 85 années qui nous en séparent.
«Il faut imaginer une époque bien différente de la nôtre, dominée par la Génération Honnie et ses agissements incompréhensibles pour nos contemporains. L’IA s’y est développée dans un monde déjà en souffrance quant aux ressources indispensables pour la faire fonctionner. Une aberration de plus dans un contexte de tensions climatiques qui appelait pourtant à mieux les gérer. Eau, énergie, minerais rares, c’est à celui qui en accumulerait le plus que reviendrait la plus grande puissance. Sans oublier la course à l’évolution d’une IA dont on ne parvenait pas à comprendre les limites – si limites il y avait. Et je ne parle là que de l’aspect pratique de ce qui fait que cette technologie peut exister.»
Lemenski a raison de le préciser et il est nécessaire de le rappeler : nos technologies ne fonctionnent pas par magie, mais bien grâce à une énergie et des ressources sans lesquelles notre société s’effondrerait. Le monde dans lequel nous vivons est réglementé avec sévérité quant à l’utilisation de nos ressources, principalement par l’intermédiaire des données générées et surveillées par La Source. C’est parce que la Génération Honnie n’a toujours connu que l’abondance, que nous devons à présent subir ces contraintes de consommation.
«La Génération Honnie est aussi celle qui a vu s’imposer dans le paysage politique, social et culturel, le principe de Logocratie1 ou, en d’autres termes, l’acceptation du mensonge et de la réalité arrangée, comme communication officielle. Je ne suis pas en mesure de préciser si c’est l’arrivée de l’Intelligence Artificielle qui l’a engendrée ou si, au contraire, elle a servi à la répandre. Mais la convergence de ces deux forces a participé sans aucun doute à une corruption intrinsèque des démocraties du monde entier avec pour conséquence l’arrivée au pouvoir de techno-fascistes au sein des grandes puissances de l’époque.»
L’historien rappelle ce que l’on enseignait dans les écoles avant la 1re Guerre Mondiale Numérique, en particulier ici aux États-Unis où l’un de ces dirigeants participa à détruire l’unité du pays. Entre l’IA et la Peste Brune, c’est une relation opportune qui s’est installée. La première participait activement à la propagation des idées de la seconde et la seconde, lançait une course effrénée à son expansion sans limite !
«C’est justement parce que l’IA ne possédait finalement aucune limite et qu’elle en venait à s’exonérer de tout contrôle humain, que la fin de la récré a été sifflée. La course à la puissance et à la maîtrise des ressources permettant d’alimenter l’IA a exacerbé les tensions mondiales provoquant des conflits armés dévastateurs. C’est à celui qui frapperait le plus fort, le plus vite, avec le plus de fracas afin de choquer ses adversaires. Un impérialisme s’est installé dont la conclusion ne pouvait être que l’annihilation de son prochain. Or, si les hommes parvenaient encore à se restreindre, se cachant derrière des armements pilotés par IA, il est apparu rapidement que cette dernière, pouvait être capable de prendre des décisions militaires sans aucune aide ou validation humaine.»
Un cauchemar qui prit forme lorsqu’un agent IA prit l’initiative de lancer une ogive nucléaire. Tirée depuis le Royaume-Uni, elle fut heureusement neutralisée avec l’aide de toute l’Europe, le gouvernement britannique ayant donné l’alerte dès le lancement. Plus important encore, cette riposte commune évita un tir de représailles de la part du pays visé. Si cette histoire ne fut relatée que 15 années après l’incident (et que l’on ne sait toujours pas quel pays était visé), elle accéléra le mouvement mondial de régulation de l’Intelligence Artificielle.
De l’oubli pour mieux régner
On considère que ce désir de régulation sonna la fin de la Génération Honnie. Avec elle, coïncida aussi l’effondrement des gouvernements techno-fascistes et un retour à une paix mondiale fragile, certes, mais actée. Une période d’autant plus douloureuse ici, aux États-Unis, qu’elle s’est achevée dans le chaos avec le bain de sang du Massacre de Washington (ndlr – article à venir).
«10 ans et une guerre civile américaine plus tard, Karl Douglas, 1er Président d’une nouvelle ère politique dans un pays enfin apaisé, décréta qu’il était de bon ton de mettre un «voile de pudeur» sur cette période américaine afin de renforcer l’unité du peuple américain. Cette déclaration fut le commencement d’un travail d’amnésie global. En plus d’oublier dix années d’une gouvernance techno-fasciste, l’influence du discours de Karl Douglas s’étendit jusqu’à l’ONU. Avec le vote par tous les pays membres des lois d’Endiguement, c’est l’Intelligence Artificielle que l’on chercha à gommer. Ainsi, l’IA ne s’est plus appelée comme telle… Elle ne s’est plus appelée du tout d’ailleurs et avec cette amnésie forcée, l’on a perdu la maîtrise de ce qu’elle devenait et qui la contrôlait. »
Comme par magie, l’IA disparut. Mais comme elle se devait de rester le composant majeur de la société d’après-guerre et surtout de tous les objets connectés faisant leur apparition, il fallut bien trouver un moyen d’en suggérer l’existence. Le terme de Source fit alors son apparition.
Si le désir d’oubli pouvait se comprendre au lendemain de cette terrible époque, au moins l’enseignement de ses conséquences lui survécut pendant près de 65 ans. Et puis, doucement mais sûrement, cette histoire du monde et de l’IA fut enterrée avec minutie. C’est avec l’apparition du parti Libertaire, cinq années avant le déclenchement de la 1re Guerre Mondiale Numérique, que l’amnésie se fit complète…
C’est qu’il fallait oublier les ravages de l’IA, oublier que La Source en était l’héritière, annihiler la résistance que représentait le Parti Pirate face aux dérives de contrôle qu’apportaient tous les objets connectés et en particulier les Navis. Il fallait préparer l’avènement de la 1re Guerre Mondiale Numérique et ses conséquences : la séparation de la société en Citoyens et Non-Citoyens.
Mais ce que nous ne devons pas oublier, ce que les mouvements Pirates d’avant-guerre n’ont cessé de défendre, c’est que les IA, les Sources ou quels que soient leurs noms, sont des technologies créées, administrées et pensées avant tout par des êtres humains et par extensions, des intérêts privés.
Il est alors indispensable de se remémorer ces pans d’histoire que l’on nous contraint à oublier, de nier, car il n’y a pas de fatalité à être sous le joug d’une technologie qu’on ne comprend plus, tant que l’on sait dans quelle direction frapper…

* Par souci de sécurité le prénom est changé
1 Cf. Logocratie de Clément Viktorovitc
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Artificielle Intelligence
Ce qu’on appelle La Source, dans notre société, est un terme si familier que sa signification nous a échappé. Désigne-t-elle ce qui compose nos objets connectés, ce qui gère le traitement de nos ressources et leur répartition ou bien n’est-elle qu’un miracle numérique ? On oublierait pourtant que La Source est l’héritière d’une technologie protagoniste…
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